André Hambourg, peintre
André (1909-1999)

Honfleur

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critiques

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Le voyage est si beau

Il y a peu de temps, au théâtre des Champs-Elysées, à Paris, l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg donnait « Tableaux d’une exposition » de Moussorgski, orchestrés par Ravel.

La munificence de l’instrumentation, le chatoiement des couleurs et des timbres, la sonorité et le foisonnement des thèmes, l’unisson des cordes, des bois et des cuivres me firent instantanément songer à l’exposition que la Société des Peintres Honfleurais se proposait d’organiser à la mémoire d’André Hambourg, l’un de ses membres les plus prestigieux, qui venait de disparaître.

Au rythme de cette musique, tour à tour intimiste et flamboyante, où, un leitmotiv, entre chaque épisode, guide le visiteur, je me plus à imaginer ce que serait une rétrospective consacrée à un artiste dont la peinture est une musique magnifiquement harmonisée par un pinceau dont le maniement fut celui d’un virtuose : la main d’André Hambourg, courant sur la toile,  avait, en effet,  la maîtrise et le brio de celle d’un pianiste déchiffrant d’instinct, sans la moindre fausse note, une partition dont il restituait toutes les nuances dessinées par l’imagination.

Ce n’est pas par hasard que notre langue, pourtant si riche, utilise, pour désigner une œuvre musicale ou picturale, le même mot : composition.

 
     

1938 "La Caravelle dans le Vieux-Bassin, Honfleur"

 

© ADAGP © NANGA

 

     
 

Nous voilà donc, aujourd’hui, face à ces tableaux d’une exposition, sélectionnés avec amour, mais non sans repentir, par Nicole Hambourg : le fonds, dont elle disposait,  représentait, en effet,  de nombreuses toiles, toutes aussi admirables les unes que les autres. Mais, il lui a fallu choisir. Or le résultat est éblouissant : il s’agit d’une étonnante symphonie qui égrène ses mouvements au long des sites visités et des décennies d’intense création d’un peintre pour toutes saisons et pour toutes latitudes, qui ne cessa pas de produire au gré d’une étonnante diversité d’inspiration.

Au cours de trois quarts de siècle d’activité, André Hambourg nous a confié ses sentiments, modulés par les variations de son instinct, en nous livrant une peinture qui alterne les touches légères et les éléments plus graves. Grâce à une palette d’une richesse infinie, il ne s’est jamais répété, quand il traitait le même sujet sur le même motif. Il nous emporte ainsi sur un tapis volant au-dessus des paysages et des personnages qu’il nous invite à voir ou à deviner. Contrairement à ce que l’on a souvent affirmé, cet art n’est pas seulement de joie ; mais c’est un art qui touche, qui enjolive, sans excès, sans gaieté permanente. Il nous rappelle au passage que la vie comporte ses blessures profondes, parfois insupportables; elle transparaît dans l’œuvre sans davantage s’imposer que le bonheur. Il n’empêche que l’allégresse domine, offrant une alliance d’euphorie et de tristesse, dans une peinture sans secret, si ce n’est le plus important, celui du cœur.

Après la période des tableaux presque monochromes des rues sombres de son quartier, où l’on discerne pourtant le potentiel du jeune artiste qui cherche encore sa voie - ah ce Pont Neuf peint à 17 ans, quelle promesse ! -, l’unité de l’œuvre d’André Hambourg apparaît bientôt à travers une lumière renaissant sans cesse de ses propres ombres.

 
     

 

par Robert Parienté

président de l'association des amis d'André Hambourg