André Hambourg, peintre
André (1909-1999)

Venise

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Le voyage est si beau (suite)

Dix ans plus tard, après la tourmente, il s’imprègne de toutes les couleurs de la terre et de la mer, des plages normandes à la Côte d’Ivoire, en passant par Venise, la Provence, New York, Jérusalem, les îles du Pacifique et même Sainte- Hélène, d’où le peintre de la Marine, qu’il est devenu en 1952, rapporte de sublimes témoignages.  

André Hambourg a éliminé tout académisme; il s’est dégagé de toute réminiscence. « Je n’ai jamais été prisonnier d’une méthode, nous affirmait-il, lors de l’un de nos fréquents dialogues dans son atelier ou au cours de nos promenades au Jardin du Luxembourg. On a voulu me classer parmi les post-impressionnistes. Or, j’estime que je suis difficilement classable. J’ai fait selon mon humeur. Je poursuis mon chemin sans me laisser influencer. »

Tout semble facile quand il s’installe de plain-pied dans les paysages où il se sent chez lui. Sa peinture sourit, mais qu’on ne s’y trompe pas : elle participe constamment de la vie avec ses touches tragiques qui émaillent l’œuvre de sujets forts et purs, tels que «  Les coquelicots de Saint-Rémy », ou « L’arbre mort », qui figura longtemps dans son atelier d’Englesqueville et que l’on peut voir au Grenier à Sel dans sa nudité glacée, porteuse des stigmates de l’au-delà.

 
     

1958 "Les toits sous la neige, Venise"

1960 "Les deux canaux, Venise"

 

© ADAGP © NANGA

 

     
 

Sans cesse, André Hambourg est allé de l’avant, ses pinceaux courant après les nuages, laissant libre cours à son inspiration qui transfigure les images. Il a construit, au prix d’une virtuosité technique, qui ne se fait pas remarquer, une œuvre magique que l’on reconnaît entre toutes, preuve de son originalité et de son authenticité. Il est ainsi devenu l’un des maîtres contemporains de la grande tradition française, qui témoigne de la force et de la probité de l’art figuratif. Cette œuvre ne cherche pas à nous imposer de message; mais elle reflète un sens inné du temps qui passe ; elle souligne parfaitement, sous le signe des voyages, l’importance de cette rétrospective, la première consacrée à André Hambourg, depuis celle du Musée de la Marine en 1977, à Paris.

« Un homme voyage pour sentir et pour vivre, a écrit André Suarès dont André Hambourg admirait Voyage du Condottiere. A mesure qu’il voit du pays, c’est lui-même qui vaut mieux la peine d’être vu. Voilà pourquoi le voyage est si beau, quand on l’a derrière soi. Il n’est plus et l’on demeure ».

Le voyage est si beau, également, quand on l’a devant soi...

Robert Parienté